Avril 2026 – appel à communications pour le colloque international “Villes fortifiées et nature” – INHA, 12 et 14 novembre 2026 [date limite de soumission : 26 mai 2026]
Titre complet : Villes fortifiées et nature. Des usages des plantations militaires, de la Renaissance à nos jours. Sources, pratiques et héritages
Colloque international sous la direction scientifique de Nicolas Meynen (Université Toulouse Jean Jaurès, Framespa/Umr 5136 CNRS) et Isabelle Warmoes (Musée des Plans-Reliefs). Paris, INHA, auditorium (12 novembre 2026) et salle Vasari (13 novembre 2026)
Jeudi 12 et vendredi 13 novembre 2026 + samedi 14 novembre 2026 : visite du Musée des Plans-Reliefs
Comité scientifique : Marie-Hélène Bénetière, historienne des jardins, chargée de mission « parcs et jardins », ministère de la Culture ; Philippe Bragard, professeur émérite d’histoire de l’architecture et de l’urbanisme, Université Catholique de Louvain ; Stéphanie de Courtois, maître de conférences, École Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles ; Tuija Lind, architecte, Governing body of Suomenlinna (Finlande) ; Charles-François Mathis, professeur des universités, Université Panthéon Sorbonne ; Émilie d’Orgeix, directrice d’études, École pratique des hautes études – PSL université ; Émilie-Anne Pépy, professeure des universités, Université Savoie Mont Blanc ; Philippe Prost, architecte et urbaniste, professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville.
Argumentaire
Les fortifications urbaines modernes et contemporains ne sont pas uniquement des ouvrages de pierre, de brique et de terre. Elles abritent aussi un patrimoine végétal encore trop méconnu, dont l’étude renouvelée constitue l’axe central de ce colloque. S’inscrivant dans le sillage des études en histoire environnementale, son ambition est d’élargir le regard porté sur les fortifications et, plus largement, sur les « paysages militaires » des villes fortifiées, en étudiant les types de végétation utilisés dans la conception même des ouvrages défensifs dans de nombreux pays. En corollaire, la place de la « nature militaire » en ville sera aussi étudiée, pour comprendre l’insertion dans le tissu urbain, les fonctions, les caractéristiques spatiale et esthétique des places d’armes plantées d’arbres, ou encore des jardins conçus pour les militaires dans la ville fortifiée, au plus près des maisons des gouverneurs par exemple, ou dans les fossés. Les armées et les ingénieurs militaires ont, dès l’époque moderne, intégré la végétation à leurs stratégies : pour camoufler les ouvrages, stabiliser les sols, ou encore répondre à des besoins pratiques (alimentation, médecine). Mais comment ces plantations étaient-elles gérées ? Quelles traces subsistent encore, et comment sont-elles documentées ou préservées, en France comme ailleurs en Europe et dans les espaces extra-européens ? Ces questions invitent à explorer les représentations iconographiques, mais aussi les dimensions matérielles y compris archéologiques, culturelles et patrimoniales de ces espaces, en interrogeant à la fois leurs usages historiques et leur devenir contemporain. Au-delà de leur valeur historique et de la compréhension complète des systèmes défensifs, ces espaces végétalisés offrent des pistes pour repenser la ville de demain. Comment peuvent-ils contribuer à la résilience climatique, à la biodiversité urbaine, ou à la reconquête des sols ?
Le colloque propose ainsi de faire dialoguer chercheurs, praticiens et décideurs, afin d’imaginer des modalités de préservation et de valorisation adaptées aux enjeux actuels. En associant historiens, historiens de l’art, architectes, paysagistes, écologues et gestionnaires du patrimoine, ce colloque entend dépasser les cloisonnements disciplinaires pour offrir une vision globale des fortifications urbaines, non plus comme des vestiges figés, mais comme des écosystèmes dynamiques, porteurs de mémoire et de solutions pour l’avenir. Nous invitons les chercheurs, doctorants, professionnels du patrimoine et de l’aménagement, à interroger la documentation, la pratique et la valorisation des plantations militaires, à travers une perspective internationale, selon quatre axes principaux :
1/ Documenter les plantations militaires : sources, savoirs et méthodes
Cet axe porte sur l’analyse et le renouvellement des sources, mais aussi des techniques, permettant d’appréhender l’histoire et la nature des plantations militaires déployées dans les villes fortifiées, entre le XVIe et le XIXe siècle.
En complément des traités militaires, archives, plans, correspondances des ingénieurs, il est souhaité que l’analyse des représentations puisse être convoquée de manière approfondie pour renouveler l’approche des connaissances sur l’histoire des paysages des villes fortifiées : que révèle l’étude des dessins, peintures, estampes ou photographies sur les plantations militaires mises en œuvre sur les fortifications et dans les places fortes, d’un pays à l’autre ? De quelle manière la lecture croisée de ces sources, complétées par des analyses paysagères, archéologiques ou encore palynologiques, permettent-elles d’étudier l’histoire matérielle des plantations militaires et d’en saisir les spécificités régionales ? Une attention particulière sera par ailleurs portée aux méthodes innovantes, tels que les SIG ou la modélisation 3D, qui permettent de reconstituer visuellement les plantations étudiées.
Outre les compétences partagées entre ingénieurs militaires et jardiniers dans le domaine du « remuement » des terres et des plantations, on cherchera aussi à définir quelle était la culture des ingénieurs en matière d’horticulture et d’arboriculture, les réseaux de savoirs, les collaborations avec les pépiniéristes, jardiniers, botanistes civils, les transferts de connaissances entre écoles et pays.
2/ Fonctions, usages, acteurs et temporalités des plantations militaires
Il s’agit de questionner les raisons d’investir des sites militaires de plantations : fortifications, glacis, cours de casernes et places d’armes, jardins du gouverneur ou de l’intendant, jardins potagers de garnisons…, mais aussi d’en comprendre la pratique et les usages, leur évolution et de poser les bases de cette construction paysagère à laquelle contribuent, outre l’histoire de l’art, les savoirs techniques, les sciences naturelles, la philosophie de la nature du point de vue des militaires, l’esthétique s’il en est.
Pourquoi planter sur un site militaire ? Quels étaient les objectifs – défensifs, économiques, alimentaires, esthétiques, par exemple – et comment ont-ils évolué selon les contextes, en temps de guerre ou en temps de paix ? Quels étaient les acteurs de ces plantations : ingénieurs militaires, soldats, civils, fournisseurs, jardiniers, et quelles étaient leurs interactions ? Comment ces espaces étaient-ils gérés ? Les plantations sur le domaine militaire étaient-elles soumises à des règlementations, de la même manière que la construction des ouvrages de fortification ? Dans l’affirmative, émanent-elles de lois ou de circulaires du ministre de la Guerre ? Sont-elles protégées par les servitudes établies pour la défense des places de guerre ?
3/ Espaces partagés, espaces de sociabilité
Dans les villes au statut de places fortes, où l’urbanisme est contraint par le carcan des fortifications, l’espace a longtemps manqué pour permettre, notamment, l’aménagement de promenades urbaines. Ainsi, dans de nombreux cas, les espaces militaires plantés ont-ils été partagés, en temps de paix, avec les civils. À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, des jardins et des parcs publics ont pu être créés sur des terrains militaires (glacis, bastions, parapets, chemins couverts, lunettes avancées), à la condition de préserver l’intégrité des ouvrages afin de maintenir leur efficacité défensive.
Les sites militaires plantés ont ainsi parfois été « ouverts » aux civils, devenant des lieux de promenade, de loisirs ou de culture. Comment s’organisait ce partage ? Quelles étaient les modalités d’accès, les collaborations, les tensions, ou les conflits d’usage entre militaires et populations locales ? Dans quelle mesure les plantations militaires ont-elles contribué à créer des espaces de sociabilité entre ville et armée ?
4/ Patrimoine militaire aujourd’hui et développement durable
Ce quatrième axe aborde deux sujets complémentaires, en s’appuyant sur les textes réglementaires nationaux et internationaux, tels ceux de la Charte de Venise (1964), l’UNESCO et de l’ICOMOS, il vise à recenser, étudier et comparer les actions menées pour sauvegarder et valoriser les paysages des villes fortifiées en prenant en compte les anciennes plantations militaires. La place de la nature en ville est de plus en plus centrale pour les politiques publiques d’aménagement, qui s’inscrivent dans le temps long de l’histoire urbaine. Dans un contexte de crise climatique et environnementale, nous souhaitons explorer ici les programmes internationaux, les expériences et les réalisations mises en œuvre pour conserver les fortifications urbaines et valoriser les anciennes plantations et jardins militaires, tout en cherchant à apporter des réponses aux enjeux contemporains d’aménagement des villes, à travers la gestion durable des espaces verts, l’intégration des fortifications dans les trames vertes urbaines et la prise en compte de la biodiversité.
Soumissions des propositions
Les propositions de communications (résumé de 1 500 signes précisant le titre de la communication, les points forts de l’argumentaire et les sources qu’elle mobilise), accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique (notice de 500 signes , comprenant un courriel, l’affiliation institutionnelle et le laboratoire de rattachement le cas échéant), sont à adresser au plus tard le 29 mai 2026 conjointement aux deux adresses suivantes :
isabelle.warmoes[at]culture.gouv.fr et nicolas.meynen[at]univ-tlse2.fr
Langues acceptées : français, anglais
Durée des communications : 20 minutes + 10/15 mn de questions
Les actes seront publiés aux Presses Universitaires du Midi dans la Collection « Patrimoines militaires ».
Image : Détail du plan-relief de la citadelle de Belle-Île-en-Mer, 1704. Musée des Plans-Reliefs, inv. 2020.0.9 © GrandPalaisRmn / Michel Urtado
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Emilie d'Orgeix (3 avril 2026). Avril 2026 – appel à communications pour le colloque international “Villes fortifiées et nature” – INHA, 12 et 14 novembre 2026 [date limite de soumission : 26 mai 2026]. GIS Patrimoines militaires P2ATS. Consulté le 13 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/160kl


