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Avril 2026 – Publication – Thomas Fressin, Élites en armes, élites en jeux : les compagnies des chevaliers de l’arc, de l’arbalète et de l’arquebuse. XVIIe-XVIIIe s, Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2026

 

Thomas Fressin, Élites en armes, élites en jeux : les compagnies des chevaliers de l’arc, de l’arbalète et de l’arquebuse. XVIIe-XVIIIe s, Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2026.
Fiche du livre chez l’éditeur

Une histoire sociale du patrimoine militaire urbain de l’Ancien Régime

Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2020 à l’Université Côte d’Azur sous la direction de Pierre-Yves Beaurepaire et Hervé Drévillon, l’ouvrage Élites en armes, élites en jeux, publié aux Presses universitaires du Septentrion, propose une étude inédite et transversale des compagnies des chevaliers des nobles jeux de l’arc, de l’arbalète et de l’arquebuse dans le royaume de France, du règne d’Henri IV jusqu’au décret du 24 avril 1793 qui mit définitivement fin à leur existence institutionnelle. Si cette recherche s’inscrit d’abord dans le champ de l’histoire des sociabilités et des élites urbaines, elle porte également sur une dimension patrimoniale et matérielle jusqu’ici largement négligée par l’historiographie : celle des architectures, des espaces et des artefacts produits par ces compagnies au fil de deux siècles d’existence.

Hôtels de ces Maisons militaires des villes : une architecture de la distinction

Loin de se réduire à une pratique sociale abstraite, les compagnies des nobles jeux ont laissé dans les villes françaises un patrimoine bâti d’une réelle cohérence typologique. Hôtels de compagnie, pavillons d’arquebuse, maisons de tir, jardins clos : autant d’équipements que ces sociétés ont conçus, financés, entretenus et aménagés pour affirmer leur rang dans le tissu urbain. Ces édifices, dont plusieurs sont aujourd’hui recensés à la base Mérimée au titre des Monuments historiques ou de l’inventaire général du patrimoine culturel — bâtiment de l’Arquebuse de Dijon, pavillons de Dole, Soissons et Châtillon-sur-Seine, maisons d’Auxerre, Montbard et Saint-Denis, hôtel de l’Arbalète de Tours —, constituent une forme méconnue d’architecture institutionnelle militaire de l’Ancien Régime. Ni casernes, ni fortifications, ces structures hybrides relèvent d’une catégorie particulière : celle des équipements para-militaires urbains, construits par des corps volontaires et dotés d’une forte charge symbolique.

Champs de tir et aménagements urbains : la fabrique de l’espace militaire bourgeois

L’ouvrage consacre un développement spécifique aux champs de tir, envisagés comme des espaces socialement et physiquement construits. L’analyse de leur implantation urbaine, de leurs aménagements techniques — buttes, couloirs de tir, loges d’attente, tribunes — et de leur inscription dans la géographie des villes du royaume permet d’articuler l’histoire militaire avec l’histoire urbaine et l’histoire des techniques. Ces espaces n’étaient pas de simples terrains vagues dévolus à l’exercice : ils constituaient des lieux à part entière, investis par les compagnies qui les aménageaient, les entretenaient et les mettaient en scène lors des grandes compétitions “olympiques” de tir que constituaient les prix généraux et provinciaux. Par leur implantation récurrente à la périphérie immédiate des bourgs ou dans des enclos extra-urbains, ils participaient d’une logique d’aménagement du territoire militaire civique propre à la France d’Ancien Régime.

Matérialités et symbolisme militaire : armes, insignes, uniformes

La recherche examine également les matérialités propres à ces compagnies — les armes utilisées (arc, arbalète, arquebuse), leurs évolutions techniques sur deux siècles, les règles encadrant leur usage en compétition — mais aussi les objets symboliques qui structuraient l’identité collective de ces corps : uniformes, enseignes, papegais, prix et trophées. À travers l’étude du symbolisme militaire et nobiliaire déployé par les compagnies, l’ouvrage met en lumière la façon dont ces groupes construisaient une identité visuelle et matérielle distinctive, empruntant à l’imaginaire chevaleresque tout en s’ancrant dans les pratiques urbaines contemporaines. Ce double registre — héritage médiéval et modernité des pratiques — fait des compagnies des nobles jeux un observatoire privilégié des transferts culturels entre culture militaire et culture bourgeoise.

Un patrimoine dispersé, méconnu et menacé

L’un des apports significatifs de l’ouvrage est de dresser, pour la première fois à l’échelle du royaume, un panorama de la présence matérielle de ces compagnies dans les villes françaises. Mobilisant de façon systématique les données de la base Mérimée, les inventaires des archives communales et départementales, ainsi qu’une cartographie inédite, la recherche révèle l’étendue et la diversité d’un patrimoine trop souvent ignoré des institutions patrimoniales locales comme des chercheurs. À Auxerre, Corbeil-Essonnes, Dijon, Dole, Laon, Quimperlé, Saint-Denis, Soissons, Tours et bien d’autres villes, subsistent les traces d’une présence institutionnelle militaire civique dont l’histoire reste à écrire dans ses dimensions architecturales et urbaines. En soulignant la fragilité de ce patrimoine et l’urgence de sa documentation, l’ouvrage se situe pleinement dans les axes que le GIS Patrimoines militaires a placés au cœur de ses problématiques : le croisement des approches historiennes, architecturales, territoriales et patrimoniales pour renouveler la compréhension des héritages militaires dans le temps long.

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Quatrième de couverture :

Sous l’Ancien Régime, l’élite urbaine aspire à la noblesse. Dans de nombreuses villes du royaume, des compagnies proposent aux habitants de devenir chevaliers d’un « noble jeu » de tir. Cette chevalerie bourgeoise s’exerce à l’arc, à l’arbalète ou à l’arquebuse, et mêle durablement pratiques militaires, usages confraternels, coutumes curiales et traditions ésotériques.

Privilégiés dans leur cité, ces tireurs défendent jalousement leurs droits face aux pouvoirs en place et se distinguent lors de fêtes urbaines et de jeux olympiques de tir qu’ils organisent pour rivaliser d’adresse et d’apparat.

En suivant ces compagnies durant l’époque moderne, cet ouvrage révèle une forme de sociabilité urbaine méconnue, distincte de la milice bourgeoise et proche de la franc-maçonnerie. S’appuyant sur un vaste corpus d’archives, il croise histoire urbaine, histoire des jeux et histoire militaire. Au-delà du mythe guerrier cultivé par ces compagnies, ce travail interroge la réalité de leur rôle en ville.

Table des matières

  • Préface de Pierre-Yves Beaurepaire
  • Introduction
  • Partie I. Une forme de sociabilité urbaine multiforme
  • Sociétés fraternelles
  • Sociétés initiatiques
  • Sociétés para-militaires
  • Sociétés para-nobiliaires
  • Partie II. Les nobles jeux de tir
  • Le concept
  • La saison de tir
  • Les prix provinciaux et généraux
  • Partie III. D’un corps privilégié à un corps menacé
  • Essor dans la première modernité
  • Déclin dans la seconde modernité
  • Se fédérer pour se maintenir
  • Faire face à la tempête révolutionnaire
  • Conclusion

 

 

Emilie d'Orgeix
Emilie d'Orgeix

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Emilie d'Orgeix (25 avril 2026). Avril 2026 – Publication – Thomas Fressin, Élites en armes, élites en jeux : les compagnies des chevaliers de l’arc, de l’arbalète et de l’arquebuse. XVIIe-XVIIIe s, Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2026. GIS Patrimoines militaires P2ATS. Consulté le 14 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/164u6